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09/09/2016

Des clics et des claques



Voici la copie intégrale de l'article de Eva Emeyriat
Paru dans la revue de la CGT : Ensemble - N° 90 - Septembre 2016

Des clics et des claques.
Exclus du salariat, les forçats du numérique font les frais d'un modèle socialement dévastateur. Une dérive qui interpelle le syndicalisme.


Ils transportent des passagers dans de belles berlines, livrent repas et colis en sillonnant les rues à vélo ou à scooter, astiquent l'argenterie chez le particulier... Faire appel à eux est simple : un smartphone, une appli, et le tour est joué ! Une kyrielle de ces jobs new-look a éclos avec le développement du numérique. Une aubaine, en pleine crise ! De quoi, en tout cas, réjouir le ministre de l'économie, Emmanuel Macron : "Avec Uber, des gens souvent victimes de l'exclusion choisissent l'entrepreuneuriat individuel parce que pour beaucoup de jeunes, c'est plus facile de trouver un client qu'un employeur." Mais à quel prix ?

Avec l'ubérisation 
se profile un modèle destructeur 
pour la protection sociale.

Qu'elles se nomment Uber (VTC), Deliveroo, Foodora (livraison de repas) ou encore Stuart (distribution de colis), les entreprises qui font appel à ces travailleurs refusent de les salarier et exigent qu'ils optent pour le régime d'auto-entrepreneur. Ceux-ci bénéficient donc d'une protection sociale à minima et ne perçoivent, par exemple, des indemnités journalières qu'au but d'un an de cotisation. Pour le reste, ils n'ont droit ni à la retraite, ni à l'assurance chômage.

En juillet dernier, la faillite de Take Eat Easy (livraison de repas), qui a laissé sur le carreau plus de 2500 personnes en France, est venue rappeler cette réalité. Si elles s'affranchissent de règles qui s'appliquent aux secteurs traditionnels qu'elles concurrencent (taxis, aides à domicile...) les plateformes ressemblent pourtant furieusement à des patrons, au regard des conditions qu'elles dictent à leurs "partenaires" : géolocalisation, tenues imposées, notations par les clients.

C'est en tout cas , l'avis de l'Urssaf d'Ile de France qui poursuit Uber en justice pour faire requalifier le statut de chauffeurs en salariés et démontrer qu'il existe un lien de subordination entre l'entreprise et eux. Enjeu : recouvrer des millions d'euros de cotisations sociales manquantes. Qui participera demain à son financement si le salariat se réduit comme peau de chagrin ? Lassés de faire les frais d'un modèle mortifère, les galériens du numérique se rebiffent eux aussi.

C'est notamment le cas en Grande Bretagne où les livreurs de Deliveroo ont fait grève en juillet, et aux États-Unis où plusieurs cours californiennes ont requalifié le contrat de chauffeur Uber. Si, depuis, l'entreprise fait œuvre d'un lobbying intense pour arrêter les procédures en cours, la justice n'a pas dit son dernier mot. En France, plusieurs centaines de chauffeurs d'Uber sont dans les starting-blocks pour aller aux prud'hommes.

Le syndicalisme se met (doucement) au diapason. Outre-Rhin, le syndicat de la métallurgie, IG Metal, vient ainsi de changer ses statuts pour s'ouvrir aux indépendants et lancé la plateforme FairCrowdWork Watch pour informer les travailleurs du digital sur leurs conditions de travail. La CGT a, quant à elle, lors de son congrès confédéral, décidé d'organiser ces travailleurs et adopté une résolution. Le syndicat parisien CGT des services à la personne figure parmi les pionniers : "les femmes de ménage ubérisées d'Helpling et les coursiers font partie des catégories que nous allons cibler dès la rentrée, déclare Stéphane Fustec, son représentant. Il faudra être pédagogique face à ce public peu habitué à nous, trouver les bons mots, et avant tout, faire passer le message qu'il faut défendre le salariat".


Eva Emeyriat.